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lundi 23 avril 2012

Deux célèbres prisonniers du Mont-Saint-Michel : Barbès et Blanqui par Aurore Cerdan

Suite au décret impérial du 6 juin 1811 de Napoléon Ier, l’abbaye du Mont-Saint-Michel est transformée en maison centrale de détention. Sous la Monarchie de Juillet, les opposants politiques sont nombreux et très actifs. Le 12 mai 1839, les républicains s'insurgent dans le but de renverser Louis-Philippe : ils sont arrêtés, emprisonnés puis envoyés pour la plupart à « la bastille des mers ».

Ainsi, le 16 juillet 1839, Armand Barbès, Martin Bernard, Austen, Delsade sont transportés en charrette cellulaire au Mont.
Barbès y restera jusqu'au 26 janvier 1843 pour être transféré à la prison de Nîmes. Libéré en 1848, il participera à l’insurrection républicaine et sera à nouveau arrêté.


Armand Barbès

Louis Auguste Blanqui, lui, n’arrivera qu'en février 1840 pour repartir le 18 mars 1844 à la prison de Tours jusqu'en 1847. Il passera la moitié de sa vie en prison.



Louis-Auguste Blanqui

Au Mont-Saint-Michel, les condamnés politiques étaient logés dans un quartier spécial nommé « le petit exil », situé dans la Tour Perrine à l’est du monastère. Cette tour est édifiée par l’abbé Pierre Le Roy au XIVe siècle dans le but de défendre l’abbaye des attaques anglaises pendant la guerre de Cent ans.

La tour Perrine

Sur toute la hauteur de la tour se trouvait des cellules, Barbès était à plus de treize mètres du niveau de la mer.
Une cellule mesure environ trois mètres sur trois, les murs sont épais de deux mètres et très humides, la fenêtre ressemble à une meurtrière ouvrant sur des barreaux, donnant une vue sur l’infini de la baie. La pièce est composée d’un lit, d'une table et d'une chaise. Les toilettes sont un simple seau qui n'est vidé qu'une fois par jour pour les plus chanceux. En hiver, le chauffage se fait par un poêle qui tire mal et rabat les fumées, risquant d’asphyxier le prisonnier.
Un jour, le directeur Theurier décide de clore les fenêtres des cellules par un double réseau intérieur de grilles et par un grillage extérieur. Ceci entraîne alors la raréfaction de l’air, déjà limité dans la pièce, et le prisonnier n'a plus la possibilité de voir à l’extérieur.


Avant l'installation des grilles


                                                   Après l'installation de nouvelles grilles

Les détenus de droit politique passent vingt-trois heures par jour dans leur cellule, une heure seulement est réservée à la promenade dans une petite cour de neuf mètres de long sous les arcades du cloître. Les prisonniers de droits communs, quant à eux, se promènent deux fois par jour dans la grande cour.



Suite à des incartades de la part des prisonniers, ceux-ci sont enfermés dans les cachots pendant dix-sept jours. Il n’y a aucun accès à l’extérieur, la lumière et l’air se font par le couloir, il faut demeurer assis ou couché. De plus, ils sont enchaînés par les pieds à un anneau rivé dans le mur où l’eau ruisselle. Le prisonnier a pour seul compagnon les rats et les poux.























Il y a aussi les loges de correction. Ce sont les greniers du Mont, situés à plus de cent mètres au-dessus du niveau de la mer, dominant le cloître. La pièce mesure environ 2.30 m de long sur 1.60 m de large, contenant une paillasse dans une caisse, une chaise et un baquet. L’hiver, le froid et le vent du nord glace la pièce et l’été, la chaleur est étouffante.





La nourriture est infecte : de l’eau croupie et des viandes avariées. Les colis sont autorisés mais seulement par les familles (ceux des amis sont refusés) ; en contrepartie ils sont fouillés. Les rondes des gardiens se déroulent toutes les deux heures, bruyantes et sonores de jour comme de nuit. De plus, les détenus ont interdiction de parler aux gardiens, de dire un mot quand on passe devant d’autres cellules, d'écrire d’autres lettres que celles adressées aux parents ou tout simplement de communiquer entre prisonniers. La punition : le cachot. Cependant, ils ont la permission de lire et d’écrire. Beaucoup raconteront leur enfer comme Martin Bernard écrivit Dix ans de prison au Mont-Saint-Michel et à la citadelle de Doullens. Ils n’auront pas la possibilité de travailler comme les prisonniers de droit de commun.



Bibliographie :

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